Conception pédagogique

La conception pédagogique, également connue sous le nom d’Instructional design, est l’art de créer des outils de formation sur mesure. Or, créer une formation, quelle qu’elle soit, c’est se poser un certain nombre de questions :

 

Où veut-on arriver ?

Quelles sont les compétences, connaissances, savoir-faire et savoir-être visés par la formation ?

 

Dans un environnement multiculturel tout particulièrement, il est important d’aller au-delà des connaissances et savoir-faire, et d’être clair sur les savoir-être à cultiver chez les apprenants. Ainsi le montre, de manière spectaculaire, la catastrophique série d’accidents survenus sur Korean Air dans les années 1990. Le problème, comme l’enquête l’a montré, n’était pas la compétence professionnelle du personnel du bord, mais un problème de savoir être lié à la culture coréenne : l’incapacité à contredire une personne de rang plus élevé que soi ; en coréen, il n’y a pas moins de six niveaux de conversation, en fonction de la relation entre les interlocuteurs. Du fait de l’importance énorme du rang social dans cette culture, il était impossible pour un mécanicien ou un copilote de contredire le jugement du pilote.
La solution trouvée fut de faire de l’anglais la langue de travail des personnels de bord, afin de gommer dans ce cadre toute référence hiérarchique, et de permettre à tous de s’exprimer face à un danger potentiel.

 

D’où part-on ?

Quel est l’existant, aussi bien du point de vue des éventuels outils pédagogiques déjà en place, que des compétences de l’apprenant ? Ce dernier point est souvent négligé, ce qui est à l’origine de formations mal gérées.

Un exemple : j’ai participé à une réflexion sur l’intimidation à l’école ; bien qu’un programme de sensibilisation auprès des élèves avait été mis en place dès la rentrée scolaire, les cas d’intimidation ne semblaient pas baisser. Une observation ethnographique de terrain m’a permis de mettre en évidence que les élèves ne rangeaient pas leurs propres comportements comme des comportements d’intimidation : selon eux, leurs comportements agressifs étaient légitimement motivés par le comportement auquel ils répondaient, et parce qu’ils vivaient cette dynamique « de l’intérieur », celle-ci leur semblait d’une tout autre nature que la dynamique d’intimidation qui leur était présentée dans les programmes anti-intimidation. Un travail préliminaire de prise de conscience auprès des élèves a dû être nécessaire pour que le programme puisse porter ses fruits.

 

Comment se rendre de A à B ?

Ici la question est double : il s’agit à la fois de déterminer les chemins possibles et le(s) moyen(s) de locomotion.

 

Les chemins possibles : Comment concevoir la formation comme un réseau –plutôt qu’un parcours unique et linéaire- qui permettra de différencier l’apprentissage.
Le(s) moyen(s) de locomotion : Par quels supports les contenus pédagogiques seront-ils le mieux transmis ? Réel ou virtuel ? Crayon ou clavier ? Multimédia solitaire ou communautés en ligne ?

 

Ces trois niveaux d’analyse et de réflexion, menés avec les experts de contenus du commanditaire, me permettent d’aboutir à la création d’un organigramme de la formation mettant l’accent sur l’individualisation du parcours. De là, je crée, à l’intention de l’équipe de développement, une maquette des différents éléments de la formation. Celle-ci comprend :
• des images de l’écran tel qu’il apparaîtra dans les diverses phases des activités de la formation,
• un détail du contenu (texte à l’écran, spécification des boutons/interaction, dialogues/vidéos à enregistrer, etc.),
• toute ressource complémentaire nécessaire pour l’apprenant et (si nécessaire) le formateur,
• au besoin, je réalise également les enregistrements audio et vidéo.

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