“Pourquoi ?”, le coeur de cible de l’éducation

Il y a quelques jours, j’ai attrapé une vidéo TED dans mon fil Twitter : How great leaders inspire action , de Simon Sinek. L’idée est simple et elle se résume en un graphique :

Généralement, dans notre vie professionnelle, nous savons « ce que nous faisons » (le « Quoi » du graphique). Nous savons également « Comment » le faire.
Mais « pourquoi » nous le faisons est une question beaucoup plus brumeuse, à laquelle nous n’avons pas forcément de réponse consciente.

La plupart des entreprises communiquent en partant de l’extérieurs du graphique : « Nous faisons x» (quoi) « et nous le faisons de cette façon» (comment).

Or, continue Sinek, toutes les grandes organisations communiquent de l’intérieur vers l’extérieur : elles commencent par affirmer le « Pourquoi » -le credo, la mission particulière que s’est donnée l’entreprise, et qui la différencie des autres. Une fois que le pourquoi est énoncé, le comment et le quoi s’affirment avec beaucoup plus de vigueur, et les (clients, adeptes, followers, …) affluent.

C’est le « Pourquoi » qui motive l’action.

 

Ce schéma, dit Sinek, s’enracine dans la biologie même de notre cerveau : le néocortex, la partie « rationnelle » de notre cerveau, celle impliquée dans les fonctions cognitives comme le langage, correspond au « quoi » ; le « Pourquoi » correspond au système limbique, responsable de nos émotions et de notre comportement. Biologiquement, c’est bien le pourquoi qui pousse à l’action.

Si vous n’êtes pas au clair sur le « pourquoi » de vos actions, comment voulez-vous convaincre les autres de vous suivre ?

Pourquoi enseignons-nous ? 

Pour un enseignant, la question du “Pourquoi” est certainement cruciale : il faut savoir pourquoi vous faites ce que vous faites, pour entraîner les autres dans votre élan -que ce soit pour inciter les collègues à utiliser les médias sociaux en classe, ou amener les élèves à s’intéresser à vos cours.

… ce qui nous amène à envisager la question « Pourquoi enseignons-nous ? » sous différents angles :

L’angle personnel « égoïste » : pourquoi moi, en tant que personne, ai-je choisi d’enseigner ?
L’angle personnel altruiste : quelles sont les valeurs, les compétences que je veux transmettre à mes élèves dans mon enseignement ?
L’angle institutionnel : quels sont les objectifs  de l’éducation tels que les définit mon institution ?

Appliqué à l’école, le schéma de Sinek ressemblerait à cela :

Hum. Ou plutôt à cela dans certains cas :

Pour un enseignant qui envisage son métier de l’intérieur vers l’extérieur du graphique, les méthodes d’enseignement et le curriculum sont de facto sous l’influence du « pourquoi », qui est le cœur, l’idéologie.

Si, en tant qu’enseignante, je suis convaincue que l’éducation a pour mission de préparer chaque enfant (quelle que soit son appartenance socio-économique) à trouver sa place dans la société, et que cette société est train de se transformer radicalement sous l’emprise des médias sociaux (qui sont présentement inégalement utilisés selon l’appartenance socio-économique), alors je ne peux qu’intégrer la maîtrise des médias sociaux à mes méthodes d’enseignement. Que mon institution me le préconise ou non.

 

Envisager son métier dans une cohérence selon laquelle le « Comment » et le « Quoi » s’alignent avec un « Pourquoi » clairement énoncé, cela est réellement motivateur pour les élèves : le curriculum y est replacé, non dans la logique d’une « récompense » à long terme (Apprends bien toutes ces notions et tu auras un bon métier), mais dans la dynamique d’un développement personnel optimal (Les valeurs et compétences que tu acquières font de toi un individu qui s’épanouit et maîtrise son environnement).

Mais notons aussi qu’envisager son métier « du Pourquoi vers le Quoi », s’il génère une motivation et une cohérence interne sans égal, fait également courir le risque de ne plus se retrouver dans l’alignement de l’institution dont on dépend (chose qui ne peut arriver si on envisage son métier en partant de l’extérieur).

On se retrouve là au niveau d’analyse du « moi  » face au «  ça  » décrit par Fred Kaufman  dans son ouvrage Conscious business – How to build value through values, (Business et conscience : comment créer de la valeur grâce aux valeurs).

 

Quoi faire ?

Les enseignants qui, poussés par une idéologie bien articulée, adaptent consciemment leurs méthodes d’enseignement et même le curriculum, sont des novateurs et des acteurs de changement. Dans ce cas, à mon avis (mais ce n’est que mon avis), l’institution a tout intérêt à bouger pour récolter les bénéfices collectifs de ces objecteurs de conscience, plutôt que de les sommer de rentrer dans le rang.

 

S’en tenir au « quoi », est une relique d’un passé industriel désuet. Lorsqu’il s’agit d’éduquer des êtres humains, le « pourquoi » devrait être le point de départ de tout programme éducatif –et faire l’objet d’un régulier réajustement consensuel.

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2 Responses to “Pourquoi ?”, le coeur de cible de l’éducation

  1. Nadine Lacombe says:

    Je suis une enseignante qui a suivi la formation Du virtuel au réel, hier avec Beer, et cet article est vraiment très intéressant. Merci Beer.

  2. J’ai beaucoup apprécié cet article – mon fil Twitter à moi ne m’avait pas amené à l’intervention de Simon Sinek, que j’ai trouvée doublement biaisée – basiquement sur des thèmes marketing / commerciaux, mais aussi dans ses exemples (apple et les frères wright, quelle rigolade!) – en revanche, les prémisses de son analyse – le pourquoi > comment > quoi s’avèrent valides non seulement sur le plan professionnel – j’ai hâte d’être à la prochaine formation que j’animerai – mais aussi sur le plan pédagogique – que peut-on apprendre à un élève qui «ne sait pas» ‘pourquoi’ il est là?
    Au final, une chose me semble claire: la question du ‘pourquoi’ est fondamentale parce qu’elle permet d’insérer une décision dans un récit: nous sommes capables de nous comporter de façon conforme aux récits dans lesquels nous avons foi, et pour cela nous avons besoin d’une raison ‘rationnelle’, d’une réponse au «pourquoi» ; sans cette réponse, le récit est bien moins solide…
    En d’autres termes, nous pouvons nous conformer aux croyances découlant d’un récit auquel nous pouvons apporter foi ; tous est donc une question de foi: celle que l’on a en ce que l’on fait, parce qu’on a foi dans les raisons pour lesquelles on agit.
    C’est comme cela qu’on progresse ; c’est aussi comme ça qu’on extermine. Ah, la fragilité des passions humaines!

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