Pour qui s’atèle à la tâche ardue de faire une critique constructive de l’école, il y a deux manières de procéder :
- Soit considérer comment on peut faire évoluer les choses à partir de ce qu’elles sont.
- Soit reprendre à la base : définir le but de l’école- et partir de là.
Le premier point est typiquement l’angle par lequel les gouvernements s’attaquent au problème. Ce sont des institutions séculaires, et la continuité est donc incontournable dans leur manière d’envisager le changement.
Le deuxième point, par contraste, est celui de l’innovation radicale. Pour reprendre le titre de ce billet, l’ampoule électrique a été inventée en repartant depuis la prémisse: non pas comment améliorer un moyen (la bougie), mais comment mieux atteindre un but (s’éclairer)–et dans ce processus, comment envisager de nouveaux moyens.
L’école est une institution qui cherche à atteindre deux buts majeurs : socialiser et instruire. L’erreur fondamentale que font les réfractaires au changement dans l’éducation –et notamment ceux qui prônent « le retour aux anciennes méthodes d’instruction » -, est de s’imaginer que les méthodes sont indépendantes de la société dans lesquelles elles s’inscrivent. Les méthodes éducatives sont à la fois le produit d’une société, et le processus par lequel elle se construit.
Socialiser
Une forme totalement nouvelle de socialisation a émergé avec le 21ème siècle: la socialisation virtuelle, par le biais des médias sociaux. Ce type de socialisation n’est pas un à-côté frivole et anecdotique du Net ; elle a des répercussions concrètes et profondes dans le monde professionnel :
- De manière pragmatique et directe, en créant de nouveaux métiers liés au Web 2.0,
- en redéfinissant ce qu’est l’expertise professionnelle : à une époque où il n’est plus envisageable de tout savoir sur un sujet et de se maintenir à jour, l’expert est celui qui sait où trouver les informations dont il a besoin. Etant donnée la masse exponentielle des informations, celles-ci sont distribuées dans les communautés. Y accéder dépend de votre capacité à vous créer un Réseau personnel d’apprentissage (PNL), c’est-à-dire une communauté d’individus au sein de laquelle les connaissances et les idées circulent et s’élaborent. Les médias sociaux sont un outil incontournable pour qui veut se bâtir une expertise et la maintenir au quotidien.
- en générant une nouvelle structure sociale dans le monde professionnel : Internet est une toile, pas une pyramide ; Les réseaux personnels d’apprentissage, supports de l’expertise professionnelle au quotidien, sont régis, non selon une hiérarchie, mais selon une « liérarchie » (ma traduction du terme anglais « wirearchy »). Sur le Web, l’autorité hiérarchique d’un individu s’évapore ; ne subsiste que l’autorité intrinsèque : la compétence.
Instruire
Une autre conséquence de la socialisation virtuelle est l’émergence d’une forme de collaboration et de partage globale et libre : Wikipedia et You Tube, pour ne citer que les plus connues, sont autant de plateformes qui permettent à quiconque ayant une connexion Internet d’accéder à des informations et des savoirs multiples. Ainsi, les connaissances traditionnellement dispensées par l’école, ou enfermée dans des encyclopédies coûteuses, sont devenues a-topiques et gratuites : on n’a pas besoin d’être à l’école pour en bénéficier, ni de payer cher ; on peut de surcroît y accéder au moment où l’on veut, et en suivant un mode de questionnement personnel.
Repenser l’école
Reprenons à la base, donc. Définir le but de l’école et le mettre en œuvre de manière actuelle et pertinente, c’est nécessairement analyser la façon dont les nouvelles technologies redéfinissent le monde et le rapport aux autres.
D’une certaine manière, c’est beaucoup plus profond que de passer de la bougie à l’ampoule : car pour révolutionnaire qu’ait été l’ampoule, elle n’était pas allée jusqu’à changer notre conception de la lumière.






